Marge autofictive
[©joseemarcotte.com]
19 avril 2013
784. Humour-numérique
Ce matin, au bureau :
— Attends Apo, j'en ai une autre, sais-tu comment on appelle une taverne pour les auteurs numériques?
— Non, Marge, mais tu meurs d'envie de me le dire...
— Le e-Pub...
— ...
— ...
— Bon, on travaille maintenant...
— ...
17 avril 2013
783. Humour-nain
Une altercation est survenue entre deux cuisiniers nains.
On peut lire les gros titres dans la presse :
« Les couteaux volent bas »
9 avril 2013
782. Veux-tu m'astraliser la nuit?
Veux-tu m'astraliser la nuit?, qu'il disait, et, dans le doute, un pied sur l'autre, je lui décrochais un peu de tout, sur le fond noir et bleu des murs, des mots du soir qui brillent pas ou peu, je lui décochais un peu de tout, finalement embruitée de voyelles encore à inventer et de syllabes difficiles à prononcer, finalement idiotisée un peu plus chaque fois, chaque nuit, sur le fond rouge de sa langue, finalement fantômisée, j'écoutais, car il n'y avait qu'à entendre :
Je plaque lentement les doigts de mes névroses,
chargés des anneaux noirs de mes dégoûts mondains,
sur le sombre clavier de la vie et des choses.
Veux-tu m'astraliser la nuit?, qu'il répétait,
et je savais que je n'y pourrais rien.
et je savais que je n'y pourrais rien.
8 avril 2013
781. Le monsieur dans la lampe du soir
Le monsieur dans la lampe du soir achève sa journée avec une pensée, tout comme elle avait commencé, et l'ampoule de continuer à griller, le monsieur dans la lampe du soir comme dans vivanoir veut croire à son génie, nous sommes tous les deux voisins du ciel, puisque vous êtes belle et puisque je suis vieux, le monsieur dans la lampe du soir n'a pas oublié avoir déjà pleuré, tout comme la vie avait commencé, et son crâne de toujours continuer à griller, le monsieur dans la lampe du soir dit que Dieu parle, il faut qu'on lui réponde, il s'invente alors une lampe pour éclairer ses pensées, et pour le monsieur dans la lampe le soir ne saura jamais achever cette fierté.
7 avril 2013
780. Rêve d'heure
*
Souvent j'ai ce désir d'une heure venant me prendre
Une heure de grande tante angélique au sourire discret
Heure qui m'ingénuflexionnera tout doux un secret
Celui d'être là comme il se doit, juste là au lieu d'attendre.
Très TOI, j'ai ce désir d'une amie éternelle
D'une heure d'amitié dans la raison la plus tard du jour
Qui me sauvera de l'heure d'avant, où je veillais à rebours
Et où j'absentais le très MOI et je construisais ailleurs des ciels.
Qui me prendra la gorge à main de mots qui est la tienne
Et me chuchotera des conseils
Avec l'inflexion d'une voix musicienne.
Et pour l'heure, je saurai, si je dois suivre mes pieds
Avec ton temps, tes amuseries et tes museries
Ou si je dois encore travailler à faire du passé une masse compacte et figée.
*
20 mars 2013
779. Pieds
je pieds dans un coeur qui éclate
aux murs de la pièce à soi
je doigts du corps encore partout
je repeins je rouge je vis
je clapote jusqu'à la porte je claporte
je repeins je rouge je vis
de haut en bas et de bas en haut l'édificile
du voyage vertical
*
10 mars 2013
17 février 2013
777. Ballune
— Une ballune c'est une balloune en forme de lune...
— Mais une balloune c'est déjà en forme de lune...
— Non, c'est pas vrai, c'est pas la même chose, c'est une ballune...
— ...
— ...
— Si tu le dis...
— Je le dis et j'en suis sûre...
— ...
11 février 2013
776. Reconnaissance
Dans la nuit noire, avec le battement du sang aux tempes comme seul son, Marge découvre la reconnaissance immense, sans borne, pour toutes ces choses, ici, minuscules, acquises, imperceptibles, évidentes, dont son corps s'occupe à sa place, toutes ces petites bricoles qu'elle n'a pas le temps de faire, respirer ses poumons, digérer ses biscuits, battre son cœur, pulser ses veines, cligner ses paupières, vidanger ses rêves, tricoter ses souvenirs, et cela sans elle, en l'absence d'elle, car le moi-peau va son train, à sa vitesse, sans que Marge n'intervienne en quoi que ce soit, et c'est merveilleux, c'est simple, parce qu'il y a tant d'autres choses à faire...
*
le pouvoir n'a pas de sexe
l’œuvre n'a pas de sexe
ici
la femme est un homme comme les Autres
10 février 2013
775. Forgeron
Marge, en punition, prend la craie, écrit sur le tableau :
Ce n'est pas en semant qu'on devient forgeron
Ce n'est pas en semant qu'on devient forgeron
Ce n'est pas en semant qu'on devient for
*
— Non, c'est vrai, j'aime pas la poésie, mais j'aime ce que tu fais...
— Ok, je vais le prendre comme un compliment...
— ...
— ...
7 février 2013
774. Angoisse mallarméenne
*
Je ne viens pas m'asseoir comme un corps bête,
envachissante pensée d'un peuple jadis à genoux,
en qui vivent les péchés imachinés et réminescents,
sous l'incurable ennui d'un dimanche encore à passer :
planant sous les rideaux inconnus fantômisés et retords,
et que je peux goûter après les noirs de vers mensonges,
car la poésie sur le néant en sait plus que les morts :
mon Vice est de ne pas avoir de native faute,
je suis libre et je suis comme toi marquée de la stérilité,
mais mon sein de pierre est habité par l'Autre,
qui construit mon édificile, brick by boring brick,
je fuis par le dedans, pâle, défaite, hantée par ce bâtiment,
ayant peur de mourir lorsque je couche seule.
*
3 février 2013
30 janvier 2013
772. Love
Marge rapièce, rapaille et répare son cœur avec de multiples tissus et matériaux, le sourire de l'amoureux, le ronron du chaton, la lecture d'une fiction colmateuse, une bouchée pas mâchée de madeleine, un ti-bout de temps perdu coincé dans la gorge, comme le pain perdu que cuisinait sa grand-mère, autrefois, et ce vieux morceau de papier qui atteste de sa venue au monde, son acte de naissance, dûment signé et daté, sans ambiguïté aucune, alors pourquoi cette folle impression qui persiste et insiste à ne pas être, marge...
*
What's love's got to do with tits, comme disait Calembour Houston.
28 janvier 2013
771. Virule
*
Un pavillon de mots-rois
abrite des jupons de bouffons
qu'éventent de grossiers amis ;
L'odeur des proses, virulaires, grâce
aux virgules ventrues, pansues, renflées d'été
se mêle aux parfums de la phrase ;
Comme ses poètes l'avaient promis,
ce palais est grand, et le vulgaire
communique par tous les interstices ;
Et, Verlaine, virule des grands de ce monde,
habite encore la demeure, demeuré des murs, car
avant toute chose, les sons et les sens sont courbatures.
*
26 janvier 2013
770. Le vivoir
Et quand on visitera enfin le vivoir, la pièce à soi où il fait bon viver, on arrivera à voir les variantes des murs, couleurs violentes, on versera des larmes involontaires, là où le rouge c'est la vie en overdrive, et votre autre, à ce moment-là, votre voisin, il vous prendra la main, la serrera fort, vous prendra le bras, le broiera, vous agrippera le corps pour vous lancer, et vous dériverez dans tous les sens dessus dessous du vivoir, le verbe dans les mains, vivé, enclavé, lové, dans le devoir de vivre, la peur de décevoir, vous penserez alors avoir les moyens de votre pouvoir, mais vous ne pouvez prévoir le vivoir, non, chaque pièce en son temps, et c'est tant mieux, non, faut pas, le savoir c'est vivoir, le savoir c'est loin, c'est horizon, faut y arriver pour voir, mais pas avant, non, pas avant...
21 janvier 2013
769. Matin à la fenêtre
*
La poésie de bureau et dans les sous-sols
Et le long des trottoirs piétinés à ta vue
A conscience d'être une servante
Quelque part perdue.
Les vagues remords de ne pas savoir
Quoi en faire est bien retord
Tirer de ta tête quelques vers de plus
Ce n'est pas grand-chose
Tout au plus un rire sans but
Qui flotte puis cascade dans les airs
Pour s'évanouir le long des toits le soir.
*
17 janvier 2013
768. La grotte
Marge aime sa grotte. Des outils pleins la ceinture, elle peut écrire de gros mots sur les murs... comme Vénus, chute ou flibustier... Les dessins incongrus abondent, gravés dans la chair grise et humide qui tapisse la demeure, des formes anthropomorphes, anthropophages, qui se touchent, s'engouffrent, les unes les autres, pour créer cette chaîne étrange de verbes inconnus, trop difficiles à prononcer... Malgré le plaisir évident procuré par ses gribouillis, la satisfaction de se mettre à la tâche et d'accomplir quelque chose de ses mains, elle n'arrive pas à décider si l'omniprésence de Princesse Apocalypse, tantôt dans ce coin-ci, tantôt dans ce coin-là, est une nuisance ou pas dans cette entreprise... Jo was here...
*
Il a fallu chasser le silence, pour enfin rendre aux grottes leurs peuples de faunes, de satyres et de nymphes, leurs rêveries, comme disait Princesse Apocalypse.
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